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Ce que neuf ans de natation m'ont appris sur l'effort

La natation m'a appris à travailler dur. Il m'a fallu beaucoup plus de temps pour comprendre ce que signifiait travailler juste.

Pendant neuf ans, la natation a structuré une grande partie de ma vie. Les entraînements, les compétitions, les chronomètres, les périodes de récupération, les objectifs à atteindre. À certains moments, je nageais près de vingt-cinq heures par semaine. L'effort n'était pas une activité parmi d'autres : il organisait mes journées, mon sommeil, mes repas et une partie de mon identité.

J'ai appris à recommencer un mouvement des centaines de fois. À entrer dans l'eau même lorsque l'envie n'était pas là. À poursuivre une série alors que les épaules brûlaient et que la respiration devenait difficile.

Pendant longtemps, j'ai pensé que cette capacité à continuer était la principale qualité d'un sportif. Avec le recul, je crois qu'elle n'en est qu'une partie.

La natation m'a appris à travailler dur. Mais il m'a fallu beaucoup plus de temps pour comprendre ce que signifiait travailler juste.

Quand l'effort devient la seule réponse

Dans le sport de haut niveau, l'effort est valorisé. C'est compréhensible : sans répétition, sans régularité et sans engagement, il est difficile de progresser.

Le problème apparaît lorsque l'effort devient une réponse automatique.

Une mauvaise séance ? Il faut travailler davantage. Une baisse de performance ? Il faut augmenter l'intensité. Une fatigue persistante ? Il faut être plus discipliné. Une douleur ? Il faut apprendre à la supporter.

Cette logique peut fonctionner pendant un temps. Le corps possède des capacités d'adaptation importantes. Il peut tolérer la fatigue, compenser certains déséquilibres et continuer à produire de la performance malgré des signaux de plus en plus présents.

C'est précisément ce qui rend la situation trompeuse. Tant que l'on continue à avancer, on peut croire que tout va bien. On confond alors la capacité du corps à compenser avec sa capacité à s'adapter réellement.

Durant une période de surentraînement, j'ai connu ce décalage. Je continuais à faire ce que je savais faire : m'entraîner, répéter, insister. Pourtant, quelque chose ne répondait plus de la même manière. La fatigue ne disparaissait pas complètement avec le repos. Les douleurs devenaient plus présentes. L'envie d'aller à l'entraînement diminuait. Le corps semblait plus lourd et les efforts habituels demandaient davantage d'énergie.

Le réflexe aurait pu être de penser que je manquais de volonté. En réalité, la volonté n'était pas le problème.

La démotivation n'est pas toujours un manque de discipline

Lorsque l'on est habitué à avancer grâce à la discipline, perdre sa motivation peut être particulièrement déstabilisant. On se demande ce qui a changé.

Pourquoi ce qui nous semblait normal devient-il soudain difficile ? Pourquoi faut-il négocier avec soi-même pour faire une séance que l'on réalisait auparavant sans hésiter ? Pourquoi le corps paraît-il résister avant même d'avoir commencé ?

On interprète facilement cette résistance comme une faiblesse. Avec le temps, j'ai appris à la considérer autrement.

La démotivation peut parfois être une information. Elle peut traduire une accumulation de fatigue, une perte de sens, une récupération insuffisante ou un décalage entre ce que l'on demande au corps et ce qu'il est actuellement capable d'absorber.

Cela ne signifie pas qu'il faut arrêter au premier inconfort. L'effort comporte nécessairement une part de difficulté, et progresser suppose parfois de traverser des moments désagréables. Mais tous les inconforts ne racontent pas la même chose.

Il existe une différence entre la difficulté normale d'un corps qui travaille et la résistance persistante d'un organisme qui ne parvient plus à suivre la charge qu'on lui impose.

Cette différence, je ne savais pas toujours la reconnaître. Comme beaucoup de sportifs, j'avais appris à repousser mes limites. J'avais moins appris à observer la manière dont mon corps réagissait avant, pendant et après l'effort.

Le corps ne refuse pas toujours l'effort

On dit parfois que le corps « ne veut plus ». Je ne crois pas que ce soit tout à fait exact.

Le corps ne refuse pas nécessairement l'effort. Il peut refuser la manière dont on lui demande cet effort.

Une charge trop importante, répétée trop longtemps, avec trop peu de récupération, peut finir par modifier sa réponse. Le mouvement devient moins fluide. Les tensions augmentent. La douleur prend davantage de place. La récupération devient plus lente.

On peut alors essayer de corriger le problème avec encore plus de travail : davantage de renforcement, davantage d'étirements, davantage de séances. Mais ajouter une contrainte à un système déjà saturé n'est pas toujours la bonne réponse.

Il faut parfois revenir en arrière. Observer ce qui manque. Réduire provisoirement la charge. Modifier l'intensité. Retrouver des mouvements simples. Redonner au corps des expériences qu'il peut réussir sans se sentir immédiatement en difficulté.

Ce recul n'est pas un abandon. Il peut au contraire permettre de reconstruire une capacité d'effort plus solide.

C'est probablement l'une des leçons que j'ai comprises le plus tard : récupérer ne consiste pas seulement à ne rien faire. Récupérer consiste aussi à retrouver un état dans lequel le corps peut de nouveau s'adapter.

S'entraîner dur et s'entraîner bien

S'entraîner dur est relativement simple à définir : accepter l'inconfort, répéter, se dépasser, maintenir un certain niveau d'exigence.

S'entraîner bien est plus complexe. Cela demande de choisir la bonne contrainte, au bon moment, pour la bonne personne. Cela demande aussi d'accepter que la même séance ne produira pas toujours le même effet. Un corps reposé, confiant et disponible ne répond pas comme un corps fatigué, douloureux ou constamment sous tension.

Deux personnes peuvent réaliser exactement le même exercice et vivre une expérience complètement différente. La première peut renforcer sa confiance et ses capacités. La seconde peut ressortir avec davantage de douleur, de fatigue et l'impression qu'elle n'est plus capable.

L'exercice n'est donc jamais toute la réponse. La manière de le proposer, de le doser et de le faire évoluer est tout aussi importante.

Aujourd'hui, lorsque j'accompagne une personne, je ne cherche pas uniquement à savoir ce qu'elle peut faire. Je cherche à comprendre comment son corps réagit.

Que se passe-t-il lorsqu'elle accélère ? Lorsqu'elle porte une charge ? Lorsqu'elle perd l'équilibre ? Lorsqu'un mouvement provoque de l'appréhension ? Combien de temps lui faut-il pour récupérer ? À quel moment la douleur apparaît-elle ? Et surtout : que fait-elle pour continuer malgré cette douleur ?

Ces informations permettent souvent de comprendre pourquoi une personne fait beaucoup d'efforts sans obtenir les changements qu'elle attend.

Ce que j'aurais aimé comprendre plus tôt

J'aurais aimé comprendre plus tôt que la douleur n'est pas toujours un obstacle à combattre, mais un signal à replacer dans un contexte.

J'aurais aimé comprendre que la fatigue chronique ne se règle pas nécessairement par davantage de volonté.

J'aurais aimé comprendre que perdre sa motivation ne signifie pas toujours que l'on manque de sérieux.

Et j'aurais aimé savoir qu'une baisse temporaire de charge peut parfois permettre d'aller plus loin qu'une nouvelle période d'entraînement intensif.

L'expérience de la natation m'a donné une grande familiarité avec l'effort. Elle m'a aussi montré les limites d'une approche dans laquelle on demande au corps d'obéir sans chercher à comprendre ce qu'il exprime.

C'est ce qui influence aujourd'hui ma manière de travailler. Avant de chercher à renforcer, à accélérer ou à augmenter les performances, il peut être nécessaire de recréer des conditions dans lesquelles le corps se sent suffisamment stable pour apprendre. Cela passe parfois par le système nerveux, la respiration, la coordination, la mobilité ou des mouvements très simples.

L'objectif n'est pas de supprimer toute difficulté. Il est de rendre la difficulté de nouveau utile.

Un corps que l'on pousse peut continuer pendant longtemps. Un corps que l'on comprend peut construire quelque chose de plus durable.

Faire le point avant d'en demander davantage

Quand les douleurs s'installent, que la fatigue ne passe plus ou que la motivation disparaît, la solution n'est pas toujours de se forcer davantage. Le bilan sert à comprendre ce qui limite actuellement votre corps.

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